Comment expliquez-vous ces dĂ©buts timides, alors que Bordeaux disait avoir retenu la leçon de la campagne de 2006 ? On n'a Ă©tĂ© timide qu'une fois, Ă Chelsea. On Ă©tait spectateurs mĂȘme. Contre la Roma on Ă©tait parti pour gagner le match. Si on termine Ă onze... Dans notre tableau de marche, on avait prĂ©vu une dĂ©faite Ă Chelsea, alors c'Ă©tait plutĂŽt un avertissement sans frais.
Si Bordeaux n'a pas terminé à onze contre Rome, c'est aussi par manque d'expérience... Non, c'est parce que l'arbitre n'est pas bon et parce qu'un joueur italien a un comportement tordu.
De votre fauteuil de prĂ©sident, ĂȘtes-vous d'accord pour dire que la compĂ©titivitĂ© des clubs français dans les compĂ©titions europĂ©ennes baisse ? Ăa a toujours Ă©tĂ© comme ça, sauf cas exceptionnels. Marseille avait une grosse Ă©quipe en 1993, mais c'Ă©tait une autre Ă©poque. Monaco a Ă©tĂ© une surprise en 2004. Pour arriver Ă ce niveau-lĂ , c'est plus le fruit du hasard qu'autre chose. Lyon, qui domine en France depuis sept ans, n'a jamais fait d'Ă©tincelles en Ligue des champions. Que vous le veuillez ou non, les quatre demi-finalistes sont les quatre plus gros budgets, et puis c'est tout.
C'est une fatalité ? Ce n'est pas de la fatalité, c'est de l'économie. La fatalité, c'est autre chose, de l'ordre du renoncement.
Si vous ĂȘtes reversĂ©s en Coupe de l'UEFA, la jouerez-vous Ă fond, contrairement Ă l'annĂ©e derniĂšre ? Contre Anderlecht, on est tombĂ© sur des morts de faim. Les clubs français, et nous en particulier, on tombe toujours dans des circonstances particuliĂšres. Anderlecht n'avait que la Coupe de l'UEFA pour se refaire, on n'a pas Ă©tĂ© trĂšs chanceux. Et puis, mĂȘme si c'est un club qui a une histoire, Anderlecht, ça n'excite personne et peut-ĂȘtre pas assez les joueurs. Quand je vois les groupes de la Coupe de l'UEFA, je relĂšve qu'il y a de super clubs, ça peut ĂȘtre trĂšs amusant. On jouerait le coup Ă fond.
Que peut espĂ©rer un club comme Bordeaux, Ă terme, en Ligue des champions ? Il faudrait une bonne gĂ©nĂ©ration, un bon groupe, des jeunes qui sortent du club et qui atteindraient trĂšs vite le haut niveau, un peu de rĂ©ussite au tirage au sort - Ă ma connaissance, Famagouste, dont tout le monde se gargarise, n'a pas rencontrĂ© le Real Madrid ou Chelsea. Mais il ne faut pas espĂ©rer voir durablement des Ă©quipes françaises au plus haut niveau, Ă moins que tous les clubs fassent faillite en Angleterre et qu'on les ramĂšne Ă la rĂ©alitĂ©. Nous, on a intĂ©rĂȘt Ă former le plus de joueurs possibles. Cela dit, si l'UNFP et la FifPRO (NDLR, syndicats français et internationaux des joueurs) continuent de ne pas la dĂ©fendre, peut-ĂȘtre qu'on ne formera plus. Si on forme les joueurs pour se les faire piquer, aucun intĂ©rĂȘt.
Les clubs tiennent deux discours contradictoires sur la formation. 1/ On n'a pas le choix, il faut en faire. 2/ On va arrĂȘter car on se fait piller. OĂč est la rĂ©alitĂ© ? La rĂ©alitĂ© c'est qu'on fait signer des gamins pro Ă seize ou dix-sept ans avec des salaires significatifs, pour ne pas se les faire piquer. Ils s'entraĂźnent avec les pros, donc progressent moins vite car ils ratent la case post-formation. Comme on voit qu'ils ne sont pas mal, on les prolonge de deux ans, ensuite ils partent. Donc on les garde cinq ans. Mais de dix-sept Ă vingt-deux ans, ce n'est pas lĂ qu'ils sont trĂšs bons. Certains Ă©chouent car ils sont perturbĂ©s d'ĂȘtre pros trop tĂŽt. Le syndicat des joueurs marche sur la tĂȘte en ne nous aidant pas davantage. Il faudrait obliger les joueurs Ă signer leur premier contrat pro dans le club formateur, basta. Ce n'est plus le cas.
Le droit européen fait obstacle, non ? Quand on a envie de s'asseoir dessus, on le fait. Il suffit de voter des lois nationales. Si le gouvernement ne sent pas d'unanimité sur le sujet, il restera difficile de progresser. »